2 Septembre 2024
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Comme toujours, sachez qu’il faut avoir vu la série ou ne pas avoir peur du spoil si vous lisez ce ressenti. Cet écrit n’engage que mon opinion personnelle et si j’ai des propos qui vous paraissent trop fort, sachez que je critique des personnages, pas les êtres humains qui jouent, tout comme l’équipe technique, je parle de leur travail et non des gens derrière ce travail. Je respecte profondément l’humain, nous abordons ici une fiction et nous sommes ensembles pour nous amuser et bavarder ^^.
Certains peuvent voir Playboyy comme du porno facilement accessible, ce qu'il est en grande partie. On va pas se mentir, le sexe et les torses nus sont autant d’outils à la disposition des réalisateurs pour appâter le chaland ( On a tous un bout de la team crousti en nous ^^ ) . Mais, il faut tout de même compter avec le scénario qui ici n’est pas anodin ( on est pas dans un vieux boulard ou un gars vient "réparer" la photocopieuse pour se mêler à la partie fine en cours ) . Playboyy nous divertit avec une enquête mystérieuse tout en nous questionnant sur certains tabous de la société. Elle ose aborder des sujets scabreux que d'autres séries BL préfère éviter. La série dépeint la prostitution avec franchise et met en lumière les réalités crues du travail dans l'industrie. Certains aspects, bien que dramatisés, relatent des dangers et de la déshumanisation de ce métier nullement soutenu par le gouvernement, et de ce fait, particulièrement vulnérables aux abus de toutes sortes. On aborde également les thématiques des privilèges, des préjugés et de la dynamique du pouvoir.
La série est provocatrice, d'un côté, j'aime son ouverture sur la sexualité, car, non seulement on y discute du consentement et des limites, mais elle met aussi en évidence la fétichisation tout autant que les pratiques sûres. Mais d’un autre, elle présente des moments problématiques, avec des scènes qui franchissent la ligne et sont de véritables Red Flags. Certains personnages en maltraitent d'autres, notamment par la coercition ( = fait de contraindre ), le viol ou la diffusion de sextapes. Pour certains de ces événements, il y aura des réponses appropriées mais bien souvent, la série paraît excuser ces genres de comportement.
Les différentes thématiques abordées le sont par un symbole général : celui de l’argent, c’est d’ailleurs je pense, le mot le plus cité tout au long des épisodes avec cette fameuse insulte qui commence par "P" et qui désigne, de façon péjorative et vulgaire, le métier que font plusieurs personnages de la série ^^. Mais revenons-en à l’argent ! On peut le voir, il suscite la motivation de l’ensemble des personnages et les pousse bien souvent à rejeter toute dignité afin de s’en procurer. Pour l’exemple, on peut voir Phop et Puen qui risquent chaque jour de tomber sur un.e malade au cours de leur passes, qu’ils effectuent par un besoin désespéré de moyens ne serait-ce que pour vivre. Nant a doublement des problèmes à cause de son addiction à la drogue d’une part, et des dettes qu’il contracte auprès d’une personne particulièrement dangereuse comme Jason Lee. Et si on remet Phop sur le tapis avec son compagnon Nuth, le besoin d’argent les entraîne dans des activités illicites et dangereuses qui les conduira vers un destin tragique. L’argent nous est montré comme ce qu’il est : un besoin vital. Bien sûr il n’apporte pas le bonheur, mais ne pas en avoir vous promet une vie infernale.
En se basant sur ce symbole, la série aborde la thématique de la dynamique du pouvoir. Forcément, car posséder de l’argent apporte possibilités, privilèges et même une certaine suprématie. Tel First qui se permet tout, jusqu’à enfreindre les limites personnelles du corps et de la dignité à coup de gros billets. Mais la dynamique du pouvoir s’exprime aussi en montrant comment certaines personnes perpétuent un cercle vicieux de la violence en intervertissant les rôles de maître et esclave comme le fait Porsche en faisant chanter Jump, alors qu’il a été lui-même victime d’abus de la même sorte par son fameux papa gâteau. Dans un autre registre, mais sur la même thématique, on retrouve Captain, Keen et Puen qui sont tous trois homosexuels et, au lieu de se serrer les coudes contre l’oppression homophobe de leurs coéquipiers, préfèrent se tirer dans les pattes jusqu’à se détruire les uns les autres pour tenter de rallier le groupe le plus fort comme le dénonce Puen dans le dernier épisode : "On est des gays dans une société où les hétéros sont dominants. On devrait s'entraider pas s'en prendre les uns aux autres."
Playboyy nous montre aussi plusieurs couples qui, chacun, ont des histoires différentes. Par exemple, la romance de Aob et Puen s’assimile facilement à du Enemy to Lovers tandis que Nuth et Phop dépeignent davantage la rencontre de deux âmes sœurs. Les scènes intimes sont nombreuses ( très nombreuses ! ) mais je n’ai pas réellement ressenti de sentiment entre les différents couples, on est loin de la romance à l’eau de rose. Par contre, vers les derniers épisodes, quand les couples ( les moins toxiques ) ont mis les choses à plat et commencent à faire d’autres choses que se sauter dessus de manière mécanique, j’ai vu poindre de jolis moments de complicité. Et je dois avouer que même si les acteurs n’ont pas le meilleur jeu qui soit, il faut tout de même saluer leur capacité à se montrer aussi intimes ( et torrides ! ) devant une caméra.
En parlant de caméra, j’ai beaucoup aimé les prises de vue et les éclairages originaux et stylisés, utilisant des couleurs, des néons, du texte projeté en éclairage, ce sont des effets qui ont ajouté de la dynamique et une ambiance toute particulière à nombre de scènes. Le rythme de l’intrigue reste à mon sens pas mal haletant, je dois bien dire que je ne me suis pas ennuyé.e une seconde mais c’est aussi parce qu’il y a plusieurs histoires à suivre en même temps. D’un autre côté, 14 personnages principaux…. C’est un peu beaucoup là, non ? J’ai trouvé dommage également que les révélations sur Zouey et la disparition de Nant n’arrivent que si tardivement, j’aurai aimé un meilleur développement de cette partie du scénario avec Jason Lee, Nant et Zouey.
Voici donc l’heure du bilan et je dirais qu’au-delà d'un simple BL avec des scènes de sexe à gogo, Playboyy nous conte une histoire assez sombre. Les oppresseurs se trouvent au sommet de la hiérarchie, comme Jason, le père de First, ou les coéquipiers homophobes de l’équipe de rugby. Ils exploitent ceux qui sont en dessous d'eux, notamment Zouey, First, Porsche, Captain et Keen. Au lieu de lutter main dans la main contre leurs tyrans communs, les personnages imposent leurs traumatismes à ceux qui ont encore moins de pouvoir qu'eux, à savoir les prostitués. On voit bien comment l'oppression se répercute sur l'échelle sociétale, perpétuant les comportements nuisibles et les relations dysfonctionnelles. Il y a bien sûr beaucoup d’autres chose qu’on puisse dire sur la série mais je vais éviter d’écrire 3 pages de plus ^^. Je pense que je la reverrai ( au moins pour revoir certains des look incroyables de Nont ! ), je sais qu’il est écrit à suivre à la fin du dernier épisode mais je ne compte pas sur des promesses qui ne peuvent pas forcément être tenues.
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