16 Janvier 2024
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Je ressors de ce visionnage non avec un sentiment mitigé mais une impression d'entre-deux qui me dérange profondément, je m'explique : D'un côté le film est magnifique, déjà, de part sa photographie, les paysages de ce petit village sont un appel au voyage et à la découverte, les couleurs aussi sont justement choisies et utilisées pour nous créer un cadre quasi idyllique, il y a une subtile poésie qui se dégage de chaque prise de vue et on plonge avec délice dans cette douce romance naissante.
Ensuite, de nombreuses scènes sont particulièrement touchantes, que ce soit poignant et inquiétant comme quand les jeunes homosexuels doivent monter dans des camions pour se rendre de plein " gré " dans des camps de conversion. Ou émouvantes comme lors de la lecture de la chanson de Dew où les sentiments de celui-ci débordent jusqu’à lui donner une réaction qu’il ne peut contenir plus longtemps.
Les thèmes abordés sont également forts et intéressants et les acteurs les portent avec un jeu empreint de sincérité, ils sont incroyables sur ce plan. Cette première partie aura tiré sur toutes nos cordes sensibles et finit par monter notre émotion jusqu’à son paroxysme. Pour tout cela, le film m'a énormément plu mais la deuxième partie est toute autre concernant mon ressenti.
Je passerai sur le fait que Dew se réincarne en fille, on va dire que c'est pour montrer que l'amour n'a pas de genre, même si je suis, pour le coup, à moitié convaincu.e. D’ailleurs, je trouve dommage que le film utilise cette " pirouette " pour s’affranchir complètement du caractère BL de l’histoire, surtout que c’est pour tomber sur un rapport homme mûr – ado qui flirte beaucoup trop avec le glauque. Car, même si j'ai trouvé que Pahn Darisa Karnpoj jouait très bien et qu'il était bien spécifié qu'il n'y avait pas d'attirance sexuelle entre les personnages de Natcha et Pob, le fait qu'elle soit mineure a été rédhibitoire, j'ai trouvé ça énormément gênant.
Autre chose, on voit dans les flash-backs que Pob est revenu à Pang Noi après sa fugue mais là, plus aucune mention de son père qui, après sa réaction odieuse à la révélation de l’homosexualité de son enfant, m’a fait le mettre tout en haut de la liste des personnages les plus honnis des productions que j’ai pu voir, j'ai haï ce personnage du plus profond de mon être.
De plus, on a ici de nombreuses questions qui surgissent sans qu’on en ai la réponse : comment Pob a vécu sa vie sans Dew ? Comment a-t-il pu continuer à vivre dans cette famille ? L'ellipse oublie tout ce qui faisait le sel du film à mon sens.
Alors, je m’attaque à la fin, c’est à dire la scène de suicide. Il est vrai que celle-ci peut être interprétée dans le sens où il s’agit de deux âmes sœurs dont l’amour est si fort qu’il passe au-delà des frontières de la mort et qu’ainsi l’amour est éternel mais je suis quelqu’un de bien trop terre à terre pour m’arrêter là-dessus et je n’y voit que beaucoup de points mauvais. Déjà, c’est encore une production où on stigmatise le couple gay et où on montre un destin macabre pour toute personne LGBT Ensuite, le suicide pour se retrouver dans une prochaine incarnation, alors pourquoi pas après tout. MAIS, il nie de cette façon la vie de Natcha qui est complètement oblitérée par l'amour qui lie Dew et Pob, elle n’apparaît alors que comme une coquille vide, un vaisseau pour Dew. De plus, en supposant qu'ils se réincarnent plus tard et en même temps, s'ils ne sont pas acceptés ou s'ils ne sont pas du même sexe ou encore s'ils n'ont pas l'âge qu'il faut, il vont encore se suicider ? On n'en sort plus... J'aurai préféré que le thème de la réincarnation soit mieux abordé comme il l'est dans Until We Meet Again où là, chaque couple a droit de vivre sa vie sans être objectifié par l'incarnation précédente.
Malgré les choses que j'ai citées, Dew n'en reste pas moins un film fabuleux qui est à voir pour tous les thèmes qu'il aborde et développe et pour l'aperçu qu'il nous donne, non seulement du pays, de son paysage et de sa culture, mais aussi de l'histoire de celui-ci. Il est intéressant, à mon sens, de coupler ce visionnage avec celui de Bungee Jumping of their Own dont Dew est le remake. Pour ma part, j’ai fait l’inverse car j’ai vu Dew en premier et je pense que si j’avais su j’aurai vu les deux dans l’ordre de création afin que la production coréenne ne souffre pas de mon premier visionnage. Je dirai finalement que j’avais peut-être trop d’attentes auprès de ce film car il a été crée par le même réalisateur qui nous a offert l’excellent Love of Siam et que c’est pour cela qu’une petite pointe de déception m’est restée, il n’en reste pas moins que, pour moi, c’est un incontournable.
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